Hello le peuple,

Aujourd’hui j’aimerais vous parler des coulisses de CAMES, mon album sorti le 31 octobre 2020 (pour écouter c’est par ici ou si vous n’avez pas d’abonnement chez Spotify et compagnie).

Qu’est-ce qu’il a d’unique cet album, me direz-vous?

D’accord, il y a des milliers d’albums qui sortent chaque année. Mais cet album sort du commun car il a été fait totalement enregistré et mixé en solo en moins d’un mois dans ma chambre. Seul le mastering par stems a été confié à un ingénieur son de mon réseau, le talentueux 3ee.

Pour autant, l’idée n’était pas d’avoir un son amateur… bien au contraire! Le but était d’avoir un son aussi pro qu’en studio sans pour autant se saigner niveau budget. A l’heure où l’auto-production explose, il est facile de diviser les coûts de production avec un peu d’astuce, beaucoup de patience et surtout, 10 tonnes de travail.

Je vous ai donc concocté un petit top 5 des points qui ont le plus aidé mon album à sonner pro, comparé aux sons semi-pro que je produisais quand j’étais étudiant. Let’s go!

1. Saccager d’autres album avant d’enregistrer CAMES

Eh oui, je ne me suis pas réveillé un beau matin avec un super pouvoir permettant d’enregistrer 86 pistes clean d’un coup. Je fais de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) depuis déjà 11 ans. Mes sorties ont eu un rendu horrible pendant des années, mais j’ai continué à apprendre, à collecter des conseils, à lire des livres, à massacrer d’autres compositions… jusqu’à arriver à CAMES.

Je ne pourrais pas lister tout ce qui n’allait pas, ça me prendrait 400 pages. Mais en résumant, je dirais que les plus gros problèmes étaient:

  • L’arrangement. Trop de pistes, trop de notes sur chaque piste. Je ne réfléchissais pas à comment ses pistes se complétaient les unes les autres. Est-ce qu’un instrument remplit déjà les basses? Ai-je besoin de 5 parties guitares différentes qui débitent 600 notes/secondes?
  • La technique. Par technique, je ne veux pas dire être un(e) virtuose. Avoir une bonne technique, c’est pour moi savoir jouer au métronome, bien contrôler la justesse de sa voix, identifier et corriger les dissonances non voulues et les corriger. Le problème était très visible sur ma voix, je tentais d’aller trop haut dans les aigus sans avoir de base solide. Le résultat était donc parfois… original, haha! 5 ans de chant plus tard, tout va mieux.
  • Le mixage, aïe, aïe! Basses incontrôlables, voix aggressive, spatialisation mauvaise, utilisation hasardeuse de la compression, pas du tout de gain staging, acoustique totalement ignorée lors des prises. Même si j’arrivais à entendre mes chansons comme je le voulais, il y avait tellement de problèmes que la plupart des auditeurs/trices n’entendaient qu’une bouillie informe!

Si vous aussi vous galérez à fond sur les problèmes mentionnés ci-dessus, n’hésitez pas à consulter mes pages cours et arrangement. Je suis sûr que je peux aider.

2. Soigner les prises chant à l’extrême

La voix, ou l’instrument que vous aurez choisi comme instrument principal, doit faire l’objet de toutes les attentions. Je suis sérieux! La voix sera au centre, audible à chaque instant. Les gens vont l’écouter, essayer d’entendre les nuances, peut-être les paroles soyons fous. Donc préparez la comme il faut.

Sans trop rentrer dans les détails, j’ai beaucoup répété les chansons en amont (plusieurs mois), en me posant sur chaque phrase, en la répétant pour être sûr d’avoir la bonne émotion et de rester juste en permanence.  Après j’ai fait plusieurs brouillons, puis j’ai ajusté le résultat jusqu’à ce que cela me plaise. Ensuite j’ai fait énormément de prises pour chaque chanson (de 10 à 15) et j’ai choisi les meilleurs passages de chaque prise pour créer ma prise studio parfaite.

Vous n’avez pas besoin d’aller aussi loin, certain(e)s artistes se contentent de 2 à 3 prises. Et c’est vrai qu’avec le recul, 10 à 15, c’est trop haha! Mais pour autant, répétez à fond votre instrument soliste, faites plusieurs prises, et tout ira bien.

Si vous galérez niveau chant, n’hésite pas à consulter cette page.

3. Travailler l’acoustique de mon studio

Bon, cette partie ne sera pas sexy, mais elle est nécessaire. Un peu comme la grammaire en allemand, mais c’est un autre débat.

On va faire une expérience simple. Vous voyez quand des moines chantent dans une église (ou n’importe équivalent dans toute autre religion), il y a un bel “écho diffus” qui les suit et donne un sentiment de puissance, n’est-ce pas? Ca c’est la réverbération, et c’est très cool. Sauf quand on enregistre en studio.

Parce qu’en général en home studio, on n’a pas une voûte de 15 mètres qui permet de diffuser le son vers le paradis. On a plutôt un mur blanc mal isolé avec quelques tâches de colle et de nourriture inconnue. Si vous enregistrez une voix, celle-ci va rebondir contre les murs plusieurs fois et être enregistrée le même nombre de fois. En résultat, au lieu de votre prise crystalline et magnifique à la Dua Lipa, vous aurez une bouillie infâme qui ne pourra jamais être clairement entendue dans votre chanson. La voix a besoin d’être claire et intelligible et donc d’être enregistrée de manière “sèche”.

J’ai donc bien bossé la physique acoustique, ai construit quelques panneaux pour réduire ces échos nuisibles et après un mois à avoir galéré  à les placer dans mon studio, j’ai enfin “résolu” le problème.

Sans vouloir trop m’étendre, le même problème se produit à l’écoute. Si vos chansons sonnent très bien quand vous les mixez chez vous mais sont à vomir dès que vous les écoutez sur un autre appareil que vos enceintes ou ailleurs… il faudra réfléchir à traiter votre studio acoustiquement.

Avoir des enceintes à 2000 euros c’est bien, avoir des panneaux acoustiques  à 40 euros bien placé, c’est mieux!

4. Accepter l’aide d’autrui

Je me vante comme un malpropre depuis tout à l’heure, mais si cet album est enfin pro comparé à mes projets antérieurs, c’est aussi grâce à l’aide d’une autre personne. Une fois le mixage terminé, j’ai pu faire faire le mastering (par stems) à un ingénieur son du nom de 3ee.

Si les concepts de mixage et de mastering ne vous parlent pas, c’est très simple.

Le mixage consiste à faire coexister toutes les pistes entre elles pour que le morceau sonne harmonieux. Peut-être que la voix est belle seule mais à besoin d’un peu de réverbération pour l’adoucir et la fondre avec les autres instruments? Peut-être que la guitare vole de la place à la basse avec certaines fréquences trop graves, que l’auditeur n’entendra pas de toute façon? Le mixage, c’est la correction de tout ces problèmes.

Le mastering, c’est la cerise sur le gateau. Une fois le mixage fini, on exporte un fichier global (la chanson quoi!) et l’ingénieur son qui s’occupe du master va faire des petits retouches sur ce fichier final. Le but n’est pas de rattraper un mauvais mixage, mais bien de faire de petits ajustements sur le travail de l’ingénieur son mixeur pour rendre le tout parfait. Peut-être que la chanson sonne un poil trop agressive à certains moments? Peut-être n’est-elle pas assez forte face à ce qui sort à la radio? L’ingénieur son master va influer sur ces paramètres.

Dans mon cas, 3ee m’a permis de m’offrir une seconde paire d’oreilles. Après avoir enregistré et mixé tout mon album, je manquais clairement d’objectivité pour finaliser le tout. Il a donc fait les dernières retouches avec objectivité pour faire en sorte que l’album sonne unifié et soit cohérent par rapport aux autres albums qui sortent. Merci à lui!

5. Me poser une deadline

Certainement, la mesure la plus efficace de ce top 5.

Certes, ça a rendu le travail inconfortable par moments. Certes, j’ai fait du 6h-22h à la fin du projet (ne soyez pas aussi bête que moi, svp). Mais in fine, cette date butoir m’a permis d’avancer à bon rythme et de ne pas me perdre dans les détails comme avant. Mon problème principal de 2013 à 2018, a été de ne jamais arriver à terminer mes chansons. Arrivé à la phase où j’aurais dû “lâcher le bébé” et passer à autre chose, je revenais sans cesse modifier des détails insignifiants (salut le 76e piano électrique à 5min40 que personne n’a entendu) pour surtout endommager la chanson en fin de compte.

En me donnant un mois pour enregistrer et mixer l’album, j’étais sûr de ne pas retomber dans mes vieux travers. Par exemple, les choeurs (15 pistes par chanson environ, pour un total de 75 pistes sur l’EP donc) ont été toutes enregistrées en un après-midi à la fin des sessions. La plupart sont des premières prises, je faisais tourner à fond l’enregistrement en essayant de capturer le plus de matériel. J’ai été chanceux, et tout s’est goupillé dès le premier coup. Ce qui d’habitude est assez rare en studio! Et ca a donné un rendu de “chorale de rue” un peu loose  qui contraste bien avec la voix principale, beaucoup plus chirurgicale.

Conclusion

Il y a eu beaucoup de travail, de fatigue et de remises en question pour “accoucher” de CAMES, mais le résultat en vaut la peine. Pour la première fois de ma vie, je suis pleinement satisfait et fier du travail accompli! Les méthodes acquises sur cet album m’ont donné la marche à suivre pour les prochaines (et ils vont arriver vite #teasing).

Donc si jamais vous avez besoin de conseils pour vous lancer et faire votre propre album, n’hésitez pas! Contactez-moi ici.

A très vite les poteaux,

NAUD.